Ce que les marchés font payer à chaque État, de 2007 à 2026

Dix grands émetteurs, une bulle par pays. Horizontalement la dette publique en % du PIB, verticalement le taux à 10 ans payé cette année-là, et la surface de la bulle donne le montant de la dette en dollars. Lancez l'animation pour voir vingt ans de politique monétaire et de déficits.

2026

Survolez ou touchez une bulle pour le détail. 2026 : dette prévue par le FMI (octobre 2026), taux moyen de janvier à septembre.

Trois choses à regarder

De 2012 à 2021, tout le monde glisse vers le bas et vers la droite. Les dettes gonflent, surtout en 2020, pendant que les taux tombent près de zéro grâce aux rachats des banques centrales. S'endetter ne coûtait presque rien.

À partir de 2022, les bulles remontent toutes ensemble. Le choc d'inflation, puis la hausse des prix de l'énergie en 2026, ont fait monter les taux d'environ trois à quatre points en quatre ans. La dette accumulée pendant les années de taux nuls se refinance désormais à ces nouveaux niveaux.

Le niveau de dette n'explique pas tout. Le Japon, à près de 200 % du PIB, emprunte moins cher que la France, et la Suisse, à moins de 40 %, presque gratuitement. Début novembre 2026, l'OAT française à 10 ans rapportait 4,75 % contre 4,31 % pour l'Italie, alors que la dette italienne pèse 20 points de PIB de plus. Le marché juge la trajectoire et la crédibilité budgétaire autant que le stock.

Plus de dette, des taux plus élevés ?

Pas de façon simple. Chaque année, on mesure la corrélation entre la dette en % du PIB et le taux à 10 ans des pays du graphique. Une valeur de 1 voudrait dire que les taux montent exactement en ligne avec la dette, une valeur nulle qu'il n'y a aucun lien.

Trait plein : les dix pays. Trait orange : sans le Japon, la Suisse et la Chine. Coefficient de Pearson.

Sur les dix pays, la corrélation est nulle ou négative presque chaque année. Le Japon, la Suisse et la Chine empruntent dans leur propre monnaie auprès d'une épargne nationale abondante, avec une banque centrale qui pèse sur les taux. Le Japon combine la dette la plus lourde et des taux parmi les plus bas.

Sans ces trois pays, le lien devient net à partir de 2012, avec un coefficient entre 0,5 et 0,9. Il reste fragile car il mélange des monnaies différentes. Les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada paient plus cher surtout parce que leur inflation et leurs taux directeurs sont plus hauts.

Dans le temps, pour un même pays, la relation s'inverse. De 2008 à 2021 la dette a monté pendant que les taux baissaient, parce que les crises font à la fois gonfler les déficits et baisser les taux des banques centrales. Pour chacun des dix pays, la corrélation entre les variations annuelles de la dette et celles du taux est négative.

La comparaison la plus propre se fait dans la zone euro, où tous les pays partagent la même monnaie et la même banque centrale. On y regarde l'écart de taux avec l'Allemagne face à l'écart de dette.

Écart avec l'Allemagne201220192026

En 2012, l'Espagne avait à peine plus de dette que l'Allemagne mais payait 4,4 points de plus : les marchés anticipaient le coût de la crise bancaire. En 2026, l'Italie a 73 points de dette de plus que l'Allemagne et paie 0,7 point de plus, la France en a 54 et paie 0,75 point. Le marché fait payer la dérive des déficits et l'incertitude politique davantage que le stock de dette.

Les chiffres de 2026

PaysDette, % du PIBTaux 10 ans moyen, %Dette, Md$Dette/PIB en 2007

Méthode et sources

Dette : dette brute des administrations publiques en % du PIB, FMI (World Economic Outlook, octobre 2026). Montant en dollars : ce ratio appliqué au PIB nominal en dollars courants du FMI, ce qui fait aussi bouger les bulles avec les taux de change.

Taux : faute de série homogène sur le taux moyen des émissions de chaque année, le graphique utilise le rendement moyen des obligations d'État à 10 ans (OCDE, via la Réserve fédérale de Saint-Louis). C'est une bonne approximation du coût marginal de la dette nouvelle. Le coût moyen de toute la dette en circulation est plus bas et rattrape le 10 ans avec plusieurs années de retard. Pour la Chine, absente de la série OCDE, les taux sont des moyennes annuelles approximatives du 10 ans chinois.

Pour la France en détail, voir France Dette : maturité des emprunts et projection de la charge d'intérêts.