France · Comptes de la santé · DREES
La France consacre chaque année plus de 330 milliards d'euros à la santé. Cette page suit la même logique que l'analyse du budget de l'État : on part du total, puis on zoome poste par poste — hôpital, médecins, infirmiers, médicaments, lunettes… — et on compare 2024 (dernière année publiée par la DREES) à 2014, soit dix ans d'évolution.
La dépense courante de santé au sens international (DCSi) est l'agrégat utilisé pour comparer les pays (OCDE). Elle regroupe : la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM) — hôpital, soins de ville, médicaments, dispositifs médicaux, les trois quarts du total ; les soins de longue durée (Ehpad, handicap, soins à domicile) ; la prévention ; et la gestion du système (Assurance maladie, mutuelles, ministère).
Tous les montants sont en euros courants, tels que publiés par la DREES.
Dix ans de dépenses de santé en huit points, puis une lecture d'ensemble. Tous les chiffres viennent des comptes de la santé de la DREES (2014 → 2024), en euros courants.
Mais elle ne pèse pas plus lourd dans l'économie : 11,3 % du PIB en 2014, 11,4 % en 2024. La santé a grandi au même rythme que la richesse nationale.
Les soins et biens médicaux coûtent 3 723 € par habitant en 2024 contre 2 829 € en 2014 : +32 % en dix ans, un peu moins que la dépense totale (+36 %) parce que la population a aussi augmenté.
Le volume de soins consommés a augmenté de 26 % ; leur prix de 8 % seulement. La facture grossit parce qu'on se soigne davantage, pas parce que chaque acte coûte plus.
+36 Md€ sur dix ans, dont 28 Md€ pour l'hôpital public. Les deux tiers de ses coûts sont des salaires : c'est par là que sont passés le Ségur de la santé et les hausses du point d'indice.
Ergothérapeutes, psychomotriciens et diététiciens (×3,5), psychologues (×2,7), orthoptistes (×2,7), sages-femmes (×2,6), centres de santé (×2,5), audioprothèses (×2,1). Les soins se déplacent vers d'autres professionnels que le médecin.
La dépense de médecine générale n'a progressé que de 13 % en dix ans, trois fois moins que celle des spécialistes. L'activité des généralistes stagne en volume.
Les volumes augmentent (traitements innovants), mais les prix baissent de 4 % par an et les remises des laboratoires sont passées de 0,6 à 5,0 Md€. Résultat : les médicaments sont le poste qui augmente le moins, quatre fois moins vite que la dépense totale.
Contre 9,5 % en 2014 : la Sécurité sociale prend une part croissante (78,7 %). La réforme 100 % santé a fait chuter le reste à charge sur les dentistes (25 % → 16 %) et les appareils auditifs.
Sur dix ans, la hausse de la dépense de santé s'explique presque entièrement par les volumes. Le prix moyen des soins n'a progressé que de 8 % en dix ans : revalorisations des soignants d'un côté, baisse continue du prix des médicaments et des analyses de biologie de l'autre. Autrement dit, la régulation des tarifs a plutôt fonctionné ; ce qui augmente, c'est la quantité de soins consommés — vieillissement de la population, maladies chroniques, nouveaux traitements.
Rapportée au PIB, la dépense est pourtant stable (11,3 % → 11,4 %). La santé n'a pas « dérapé » par rapport à l'économie ; en revanche, la part prise en charge par la collectivité a augmenté (voir point 4).
L'hôpital représente 47 % des soins et 54 % de leur hausse. Pour l'hôpital public, la dynamique est d'abord salariale : la masse salariale pèse près des deux tiers des coûts. En volume, l'activité de l'hôpital public restait en 2024 en dessous de son niveau de 2019 (−3,5 %) : on paie davantage chaque soignant, sans que l'activité ait retrouvé son niveau d'avant crise. Les cliniques privées, elles, progressent au même rythme (+41 %).
Les soins de ville ont augmenté de 38 %. Mais derrière cette moyenne, les écarts sont considérables. Les auxiliaires médicaux (+54 %) — infirmiers et kinésithérapeutes en tête — et surtout les nouveaux métiers (psychologues, ergothérapeutes, psychomotriciens) grimpent beaucoup plus vite que la médecine générale, qui progresse trois fois moins vite que les spécialistes. Les centres de santé salariés ont plus que doublé. Les transports sanitaires (+54 %) sont désormais dominés par les taxis conventionnés, près de la moitié de la dépense.
La Sécurité sociale finance 78,7 % des soins en 2024, contre 76 % en 2014. La part payée directement par les ménages a baissé de 9,5 % à 7,8 % : c'est l'une des plus faibles de l'OCDE. La réforme 100 % santé (lunettes, prothèses dentaires, appareils auditifs) a transféré une partie du reste à charge vers les complémentaires et la Sécu. Mais ce reste à charge reste très inégal : faible à l'hôpital (2 %), il atteint 16 % chez le dentiste, 17 % pour les dispositifs médicaux et 18 % pour les auxiliaires médicaux.
Un point souvent méconnu : les frais de gestion des complémentaires (8,7 Md€, +29 % en dix ans) dépassent désormais ceux de la Sécurité sociale (7,0 Md€, en légère baisse), alors qu'elles financent six fois moins de soins.
Les soins de longue durée — Ehpad, handicap, soins à domicile — ont progressé de 45 % (36 → 52 Md€), plus vite que les soins eux-mêmes. Ils représentent 16 % de la dépense de santé, et les ménages en paient plus du quart. Avec l'arrivée des générations du baby-boom au grand âge, c'est le poste dont la pression devrait être la plus forte dans les années qui viennent. La prévention, elle, reste marginale : 3 % de la dépense, malgré une hausse de 56 % en dix ans.
Analyse fondée sur les comptes de la santé DREES, édition 2025. Les interprétations (vieillissement, attractivité, perspectives) sont des lectures générales, pas des résultats chiffrés de la DREES.
En millions d'euros. « Δ » : écart 2024 − référence ; « % » : évolution. Source : DREES, comptes de la santé, édition 2025.
Les comptes de la santé donnent le total des médicaments, pas leur détail. Cet onglet s'appuie sur Open Medic, la base publique de l'Assurance maladie : ce qu'elle rembourse chaque année, classe thérapeutique par classe thérapeutique et boîte par boîte.
Soins et biens médicaux (CSBM). L'État finance l'aide médicale de l'État, les soins aux anciens combattants et les hôpitaux militaires.
Pourquoi 2024 et pas 2025 ? Les comptes de la santé sont publiés avec environ neuf mois de décalage : les chiffres 2025 paraîtront fin 2026. L'ONDAM 2025 (objectif de dépenses de l'Assurance maladie voté dans la loi de financement de la Sécurité sociale) existe, mais il est moins détaillé, couvre un autre périmètre (Sécu seule, médico-social compris) et reste un objectif, pas une dépense constatée.
Précautions. « Médicaments remboursables » est ici net des remises versées par les laboratoires à l'Assurance maladie (−5,0 Md€ en 2024) et inclut les honoraires de dispensation des pharmaciens. Les dépenses de tests et de vaccins Covid sont en prévention, pas en CSBM. Quelques détails ne sont publiés que pour des années plus récentes (cliniques privées par activité depuis 2022, soins de longue durée par public depuis 2021) : c'est indiqué à chaque fois.
Page construite avec l'aide de Claude (Anthropic) à partir des publications de la DREES — lhoste.org.