En 2025, l'Union européenne a acheté à la Chine près de trois fois plus de marchandises qu'elle ne lui en a vendu. Le déficit a plus que doublé depuis 2019 et il se creuse désormais des deux côtés : les importations montent, les exportations reculent.
La trajectoire se lit en quatre temps. De 2002 à 2008, dans la foulée de l'entrée de la Chine à l'OMC, le déficit passe de 40,9 à 144,1 Md€. De 2009 à 2019, il oscille entre 104 et 165 Md€ : les importations continuent de croître mais les exportations européennes suivent, de 76,8 à 198,5 Md€.
La rupture date de 2020-2022. En deux ans, les importations bondissent de 385,0 à 628,8 Md€ sous l'effet des achats liés au Covid, de la flambée du fret et du restockage, et le déficit atteint un record de 397,8 Md€. Le reflux de 2023 (−300,0 Md€) n'a pas duré.
Depuis 2024, le déficit se creuse à nouveau, pour une raison différente. Les importations repartent (+7,5 % en 2025) pendant que les exportations baissent trois années de suite : 231,0 Md€ en 2022, 199,5 Md€ en 2025. La Chine fournit 22,6 % des importations de l'UE et n'achète plus que 7,5 % de ses exportations.
Les sept premiers mois de 2026 prolongent la tendance : importations en hausse de 7 %, exportations en baisse de 2 %, déficit en hausse de 12 %. Sur ce rythme, l'année 2026 dépasserait le record de 2022.
Les 27 États membres sont en déficit avec la Chine en 2025. Le solde des Pays-Bas (−92,0 Md€) est gonflé par l'effet Rotterdam, les marchandises dédouanées au port étant comptées comme importations néerlandaises. Viennent ensuite l'Italie (−46,3), l'Espagne (−36,6) et la Pologne (−34,3). L'Allemagne limite son déficit à 21,5 Md€ mais ses exportations vers la Chine sont tombées de 106,8 Md€ en 2022 à 81,2 Md€ en 2025.
L'électronique et les équipements électriques représentent à eux seuls 37 % du déficit. Le poste regroupe les smartphones, les ordinateurs, les panneaux solaires et les batteries lithium-ion, dont les importations sont passées de 2,7 Md€ en 2019 à 25,7 Md€ en 2025. Avec les machines, on atteint 198,5 Md€ de déficit.
Les biens de consommation traditionnels (textile, meubles, jouets) pèsent encore 88,9 Md€ de déficit, mais ils n'expliquent qu'une faible part de la dégradation récente. Entre 2019 et 2025, le déficit total s'est creusé de 206,6 Md€. Quatre secteurs en expliquent les deux tiers : l'électronique (53,8 Md€), les véhicules (34,6 Md€), la chimie (25,2 Md€) et les machines (23,5 Md€).
Les excédents européens sont peu nombreux et modestes : pharmacie (+8,2 Md€), aéronautique (+6,0 Md€), minerais et énergie (+1,3 Md€), agroalimentaire (+0,7 Md€, contre +7,2 Md€ en 2019). L'excédent agroalimentaire a presque disparu : les exportations ont reculé de 13,9 à 11,6 Md€ pendant que les importations passaient de 6,7 à 10,9 Md€.
L'UE a exporté 67,1 Md€ de services vers la Chine en 2025 et en a importé 45,8 Md€. L'excédent de 21,3 Md€ ramène le déficit d'ensemble, biens et services réunis, autour de 350 Md€. Il a été multiplié par vingt depuis 2010 mais plafonne entre 18 et 23 Md€ depuis 2021.
Deux postes font l'essentiel de l'excédent. Les services informatiques (+11,9 Md€) ont presque doublé depuis 2019. Les redevances de propriété intellectuelle (+9,8 Md€) rémunèrent les brevets, les licences et les marques exploités en Chine par les filiales et partenaires des groupes européens. Leur plafonnement autour de 10 Md€ depuis 2020 mérite attention : c'est la contrepartie financière de la production locale, et elle ne croît plus.
Le tourisme chinois en Europe n'a pas retrouvé son niveau d'avant Covid : 5,8 Md€ de recettes en 2025 contre 9,7 Md€ en 2019. Le transport reste légèrement excédentaire (+1,6 Md€) grâce aux armateurs européens, après un pic à +7,4 Md€ en 2021 quand les taux de fret s'étaient envolés. À l'inverse, l'UE est déficitaire en R&D sous-traitée en Chine (−3,4 Md€ en 2024) et en travail à façon (−2,5 Md€).
Périmètre retenu : la chimie hors pharmacie, soit les chapitres SH 28-29 et SH 31-38, plus les polymères en formes primaires SH 3901-3914. Sur ce périmètre, l'UE importait 17,3 Md€ de Chine en 2019 et y exportait 14,5 Md€. En 2025, elle importe 46,3 Md€ et exporte 17,6 Md€. Le déficit est passé de 2,8 à 28,7 Md€.
Près de la moitié des importations de 2025 tient à deux positions douanières : les composés hétérocycliques azotés SH 2933 (15,7 Md€) et les hormones SH 2937 (5,9 Md€). Ces deux lignes pesaient 1,9 Md€ en 2019. Leur valeur a été multipliée par onze alors que leur tonnage a seulement doublé : il s'agit de molécules à très forte valeur unitaire.
Ces flux sont concentrés sur quelques sites. En 2022, l'Allemagne en a importé 13,0 Md€, ce qui explique le pic à 60,9 Md€ visible sur le graphique. En 2025, la Slovénie (6,7 Md€) et l'Italie (6,5 Md€ pour les hétérocycles, 5,7 Md€ pour les hormones) concentrent presque tout. La nomenclature douanière ne nomme pas les molécules, mais le profil est celui de principes actifs destinés à des usines pharmaceutiques, dont les médicaments sont ensuite réexportés. Ce déficit est donc en partie la contrepartie de l'excédent pharmaceutique européen, pas un signe de désindustrialisation chimique.
Hors ces deux positions, les importations atteignent 24,7 Md€ et les exportations 16,8 Md€. Le déficit de fond est de 7,9 Md€, contre 1,8 Md€ en 2019. Il a culminé à 16,2 Md€ en 2022.
Les volumes racontent une histoire plus nette que les valeurs. L'UE a importé 10,5 millions de tonnes de produits chimiques chinois en 2025, contre 5,8 Mt en 2019 (+82 %). Dans l'autre sens, elle a expédié 3,5 Mt contre 4,2 Mt (−17 %). Depuis 2023, la valeur des importations de fond est stable autour de 24,5 Md€ alors que les tonnages ont augmenté de 17 % : les prix baissent, ce qui est la signature des surcapacités chinoises.
Le déficit de fond se loge dans la chimie organique (−10,1 Md€ hors intermédiaires pharmaceutiques) : acides aminés, vitamines, antibiotiques, acide citrique, amides. Ce sont des dépendances de chimie fine pour la santé, la nutrition animale et l'agroalimentaire, où la Chine est souvent le premier producteur mondial. La chimie minérale est aussi passée en déficit (−1,2 Md€).
L'Europe reste excédentaire sur trois segments : les spécialités et catalyseurs (+1,6 Md€), les cosmétiques et détergents (+1,4 Md€) et les polymères en formes primaires (+0,9 Md€). Ce dernier excédent a été divisé par deux depuis 2019, les importations de résines chinoises ayant presque doublé. La pression chinoise sur la pétrochimie européenne passe donc moins par les flux bilatéraux que par les prix mondiaux et la perte de débouchés à l'export.
En aval, le déficit sur les articles en plastique SH 3915-3926 est passé de 6,1 à 11,1 Md€. La chimie chinoise entre aussi en Europe incorporée dans les produits finis.
Contexte sectoriel : selon le Cefic, la Chine est devenue la première source d'importations chimiques de l'UE devant les États-Unis, et l'excédent chimique total de l'UE a reculé de 7,3 Md€ sur les dix premiers mois de 2025. Sur janvier-juillet 2026, les importations de chimie organique chinoise reculent de 12 % sur un an (19,9 Md€) quand celles de chimie minérale progressent de 40 %.
Pendant quinze ans, l'automobile a été le principal excédent européen face à la Chine : 22,6 Md€ en 2014, encore 20,9 Md€ en 2019. Les courbes se sont croisées en 2024. En 2025, l'UE importe 30,1 Md€ de véhicules et pièces et n'en exporte plus que 16,4 Md€.
Le mouvement vient des deux côtés à la fois. Les exportations de voitures SH 8703 ont été divisées par trois en trois ans, de 24,6 Md€ en 2022 à 8,4 Md€ en 2025, face à la montée des marques chinoises sur leur marché domestique. Les importations de voitures sont passées de 0,8 Md€ en 2019 à 13,8 Md€. Même les pièces SH 8708, longtemps excédentaires, sont en déficit depuis 2025 (7,6 Md€ exportés, 8,3 Md€ importés).
L'exposition est allemande : l'Allemagne réalise 79 % des exportations européennes de véhicules et pièces vers la Chine. Les siennes sont tombées de 29,1 Md€ en 2022 à 12,9 Md€ en 2025.
Depuis fin octobre 2024, l'UE applique aux voitures électriques à batterie fabriquées en Chine des droits compensateurs de 7,8 % à 35,3 % selon le constructeur, en plus du droit de douane de 10 %. Les importations de voitures électriques ont reculé de 11,0 Md€ en 2023 à 6,4 Md€ en 2025. Mais les hybrides rechargeables, non visés, ont triplé en un an (3,6 Md€) et les hybrides simples sont passés de 0,2 à 1,8 Md€. Au total, la valeur des voitures importées n'a pas baissé.
En nombre de véhicules, la progression est plus forte : selon l'ACEA, 1 002 742 voitures fabriquées en Chine sont entrées dans l'UE en 2025, soit 30,7 % de plus qu'en 2024, pour une valeur en hausse de 4 % seulement. Elles représentent 7 % des ventes de voitures neuves de l'UE et 20 % des ventes de voitures électriques. Dans l'autre sens, l'UE a exporté 159 755 voitures (−42,8 %). L'écart de gamme reste marqué : environ 13 700 € de valeur en douane par voiture importée contre 52 000 € par voiture exportée.
Sur janvier-juillet 2026, les importations de voitures chinoises atteignent 12,8 Md€ contre 7,4 Md€ un an plus tôt (+73 %), y compris les électriques à batterie qui repartent à la hausse (5,0 Md€ contre 3,6 Md€). Les exportations européennes de voitures tombent à 3,7 Md€. Le déficit du chapitre atteint 16,9 Md€ en sept mois, plus que sur toute l'année 2025. Selon Dataforce, les marques chinoises ont atteint 10,9 % du marché européen en juin 2026, le double d'un an plus tôt.
Sur le plan réglementaire, la Commission a publié en janvier 2026 un cadre permettant aux constructeurs chinois de proposer des engagements de prix minimum en échange d'une levée des droits. Ce n'est pas un accord : chaque offre est examinée au cas par cas.
Le chapitre 87 sous-estime l'enjeu. Les batteries lithium-ion SH 850760 sont classées dans les équipements électriques : 25,7 Md€ importés de Chine en 2025, presque autant que tous les véhicules et pièces réunis, et déjà 19,1 Md€ sur sept mois en 2026 (+37 %). Une part croissante de la valeur d'une voiture assemblée en Europe vient donc aussi de Chine.