38,6 milliards de tonnes de CO₂ fossile en 2024. Chaque kilowattheure consommé en émet presque autant qu'en 1965.
Le monde utilise quatre fois plus d'énergie qu'il y a soixante ans et elle reste fossile à plus de 80 %. Les renouvelables et le nucléaire progressent, mais surtout en plus des combustibles, pas à leur place : l'intensité carbone de l'énergie mondiale n'a baissé que de 18 % depuis 1965. Presque tout le CO₂ fossile sort d'une chaudière, d'un moteur ou d'une centrale.
D'où vient le CO₂
Pendant un siècle, le CO₂ a été celui du charbon. Le pétrole a pris le relais après 1950, puis le gaz. Aucun des trois n'a jamais reculé durablement à l'échelle du monde : les nouvelles sources d'énergie se sont ajoutées aux anciennes.
Du puits à l'usage, la moitié de l'énergie se perd
Le CO₂ se compte à l'entrée du système, sur l'énergie primaire brûlée. Mais ce qui nous sert (la chaleur dans un four, le mouvement d'une voiture, la lumière) n'en est qu'une fraction. Chaque étape de transformation perd de l'énergie et émet donc du CO₂ pour rien.
De l'énergie au CO₂, combustible par combustible
Tous les kilowattheures ne se valent pas. Le charbon émet environ 0,34 t de CO₂ par MWh brûlé, le pétrole 0,22 t en moyenne (une partie devient plastique ou bitume sans être brûlée) et le gaz 0,20 t. Le nucléaire, l'hydraulique, l'éolien et le solaire n'émettent pas de CO₂ en fonctionnement. D'où le déséquilibre : un quart de l'énergie mondiale, mais 41 % du CO₂ pour le charbon.
Qui émet : électricité, transport, industrie, bâtiments
Comptée à la cheminée, la production d'électricité et de chaleur est de loin le premier émetteur, parce qu'elle brûle encore beaucoup de charbon. Les émissions des bâtiments paraissent faibles car celles de l'électricité qu'ils consomment sont comptées dans la production d'électricité.
L'électricité, premier émetteur et premier levier
Un kilowattheure produit en France émet environ dix fois moins de CO₂ que la moyenne mondiale. L'écart vient presque entièrement du mix : nucléaire et hydraulique d'un côté, charbon de l'autre. C'est pour cela qu'électrifier le transport ou le chauffage n'a pas le même effet partout.
Pourquoi les émissions montent encore
L'identité de Kaya décompose les émissions en quatre facteurs : population × richesse par habitant × énergie par unité de richesse × CO₂ par unité d'énergie. Depuis 1990, le monde a beaucoup gagné sur le troisième, presque rien sur le quatrième : la croissance des deux premiers a tout emporté.
Ceux qui ont baissé, ceux qui montent
De nombreux pays riches ont réduit leurs émissions territoriales tout en continuant à s'enrichir. Les grands pays émergents montent encore, avec une économie qui croît plus vite que leurs émissions. Base 100 en 1990.
Émissions territoriales : les émissions contenues dans les importations ne sont pas comptées, ce qui avantage les pays qui ont délocalisé une partie de leur industrie (en 2022, les émissions de consommation dépassaient les émissions territoriales de 26 % en Allemagne, 48 % en France et 62 % au Royaume-Uni ; elles leur étaient inférieures de 11 % en Chine). PIB : Maddison Project, jusqu'en 2022.
Trois leviers, un seul qui manque vraiment
Pour que les émissions baissent, il faut que l'énergie par unité de PIB et le CO₂ par unité d'énergie baissent ensemble plus vite que la croissance ne pousse.
Pour explorer ces données pays par pays, avec le Sankey énergie → CO₂ année par année : lhoste.org/CO2, onglet « Énergie → CO₂ ».
Sources et méthode
- Émissions
- Global Carbon Project via Our World in Data (co2-data), émissions territoriales de CO₂ fossile et des procédés industriels, 1850-2024. Global Carbon Budget 2025 pour l'estimation 2025 (38,1 Gt selon leur périmètre) et le budget carbone restant.
- Énergie
- Energy Institute (Statistical Review of World Energy) et Ember via Our World in Data (energy-data), 1965-2024. L'énergie primaire est comptée selon la méthode de substitution : l'électricité non fossile est convertie en combustible qu'il aurait fallu brûler pour la produire (rendement ≈ 40 %). Le CO₂ lié à l'énergie additionne charbon, pétrole, gaz et torchage.
- Pertes
- Cascade reconstituée par mesure d'un diagramme de Sankey mondial allant de l'approvisionnement à l'énergie utile (étiquettes d'origine : industrie 105 EJ, bâtiments 113 EJ, transport 46 EJ d'énergie utile). Précision de l'ordre de ±2 EJ par flux ; ordres de grandeur, pas comptabilité.
- Secteurs
- Climate Watch (CAIT) via Our World in Data, 1990-2023. Émissions directes : l'électricité consommée par les bâtiments et l'industrie est comptée dans « électricité et chaleur ».
- Électricité
- Ember via Our World in Data : intensité carbone en cycle de vie (g CO₂-éq. par kWh produit) et part bas carbone (nucléaire et renouvelables).
- Kaya
- Population et PIB (Maddison Project Database, dollars internationaux 2011) via Our World in Data. Décomposition log-moyenne de Divisia (LMDI I), qui répartit exactement la variation entre les facteurs.
Page construite avec l'IA sur lhoste.org, dans la série des analyses de données publiques. Voir aussi L'eau en France.