L'État rembourse des emprunts à moins de 1 %. Il les remplace par des emprunts à près de 5 %.
La dette négociable de l'État, ce sont 76 emprunts obligataires (les OAT) et quelques dizaines de bons à court terme. Chacun a sa date d'échéance et son taux, fixé le jour où il a été émis. Pendant les années de taux bas, l'État a emprunté pour 10, 20 ou 50 ans à des taux proches de zéro. Ces emprunts arrivent maintenant à échéance et sont refinancés aux conditions du jour. Ce mécanisme est lent mais presque certain : même si les taux ne bougeaient plus, la charge d'intérêts continuerait de grimper pendant des années. Ce dossier reprend la liste des emprunts publiée par l'Agence France Trésor et projette la charge qui en découle selon le niveau des taux, que chacun peut régler.
Le mur des échéances
Chaque année, autour de 200 à 300 milliards d'euros d'OAT arrivent à échéance. L'État ne les rembourse pas avec ses recettes : il emprunte à nouveau pour les rembourser, en plus de ce qu'il emprunte pour financer son déficit. Les barres montrent ce qui doit être remboursé chaque année, ligne par ligne. Plus la couleur est pâle, plus le coupon de l'emprunt était bas : les années 2027 à 2032 sont dominées par des titres émis entre 2016 et 2021, à 0 % ou presque.
Ce qui a été verrouillé
Un emprunt à taux fixe protège l'emprunteur tant qu'il court : l'État paie le coupon convenu à l'émission, quel que soit le taux du marché. C'est pour cela que la remontée des taux depuis 2022 ne se voit encore qu'en partie dans le budget. Plus d'un tiers des OAT en circulation, soit , portent un coupon inférieur à 1 %. Sept sur dix arrivent à échéance d'ici fin 2032 ; le reste est fait d'emprunts très longs (2040 à 2072) qui resteront bon marché jusqu'au bout.
Pourquoi 2027 marque une accélération. La charge de la dette de l'État passe de 50,9 Md€ en 2025 à 62,6 Md€ en 2026 puis 72,9 Md€ prévus en 2027, la plus forte hausse de toutes les lignes du projet de loi de finances. Elle combine trois effets : un stock qui grossit de 150 à 160 Md€ par an, des titres à bas coupon remplacés par des titres à 3 ou 4 % et des bons à court terme désormais rémunérés au taux de la BCE.
Ce qui va se passer
La projection reprend chaque emprunt existant, le rembourse à son échéance et le remplace par de nouvelles OAT réparties sur les maturités habituelles de l'Agence France Trésor (3 à 50 ans, durée moyenne d'environ 11 ans), au taux de marché de l'année. Le déficit de l'État part de celui du projet de loi de finances pour 2027 (156,4 Md€, dont 83,5 Md€ hors intérêts) : les intérêts eux-mêmes s'ajoutent au déficit et doivent être empruntés. Ce n'est pas une prévision, c'est une mécanique : à chaque réglage correspond une trajectoire.
Hypothèses
Point de départ fin octobre 2026 : 10 ans à 4,9 %, bons à 3 mois à 2,6 % (taux de dépôt de la BCE à 2,5 %).
Face aux autres budgets
En 2027, la mission « Engagements financiers de l'État », qui porte la charge de la dette, devient la plus grosse ligne du budget de l'État, devant l'Enseignement scolaire et la Défense (hors pensions des fonctionnaires). Les autres postes sont pris à leur niveau du projet de loi de finances pour 2027, puis indexés sur l'inflation ou gelés. La charge de la dette, elle, suit le scénario réglé plus haut.
Un point de taux, combien ?
L'Agence France Trésor résume la sensibilité de la dette par une règle simple : un point de taux de plus coûte peu la première année et beaucoup au bout de dix ans, quand toute la dette a été renouvelée. Le tableau compare le scénario réglé plus haut au même scénario avec des taux supérieurs d'un point sur toute la courbe. L'écart inclut l'effet boule de neige : les intérêts supplémentaires sont eux-mêmes empruntés.
| Année | Scénario réglé | Taux + 1 point | Écart | Écart en % du PIB |
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Les 76 emprunts de l'État
La liste complète des OAT en circulation au 31 juillet 2026. La dernière colonne donne ce que coûterait chaque année, en intérêts supplémentaires, le refinancement de l'emprunt au taux moyen d'une émission dans le scénario réglé. Les lignes surlignées portent un coupon inférieur à 1 %. Cliquer sur un en-tête pour trier.
Nuances
- La comparaison avec les autres missions se fait hors contributions au CAS Pensions : en les incluant, l'Enseignement scolaire et la Défense sont nettement plus élevés (les pensions des enseignants et des militaires sont comptées à part). Les remboursements et dégrèvements d'impôts (151 Md€) ne sont pas une dépense de politique publique et ne figurent pas dans le classement.
- Le périmètre est celui de la dette négociable de l'État (2 882 Md€). La dette publique au sens de Maastricht (environ 3 500 Md€) inclut aussi la Sécurité sociale (Cades), les collectivités locales et d'autres organismes : la charge d'intérêts de l'ensemble des administrations publiques est estimée à 91,2 Md€ en 2027.
- Le modèle calcule une charge économique (coupons courus, intérêts des BTF, provision pour indexation). La charge budgétaire du programme 117 suit des règles comptables un peu différentes, notamment pour les primes et décotes à l'émission quand l'État réémet d'anciennes lignes. Le modèle retrouve néanmoins le chiffre du PLF 2027 à environ 1 Md€ près.
- Les titres indexés (313 Md€) sont revalorisés avec un coefficient moyen de 1,31 au 31 juillet 2026, identique pour toutes les lignes. Les coefficients réels diffèrent selon la date d'émission, ce qui modifie un peu la répartition par année des remboursements.
- Les émissions réalisées entre août et octobre 2026 ne figurent pas encore dans la liste des emprunts : le modèle les reconstitue à partir du programme de financement restant de l'année.
- Les nouvelles émissions sont modélisées comme des emprunts neufs au taux de marché. Dans la réalité, l'Agence France Trésor réémet souvent d'anciennes lignes, en dessous du pair quand leur coupon est bas : le coût actuariel est le même, la répartition entre coupon et décote change.
- La courbe des taux de départ est approchée (bons à 3 mois 2,6 %, 2 ans 3,2 %, 5 ans 3,9 %, 10 ans 4,9 %, 30 ans 5,5 %) : l'OAT à 10 ans a dépassé 5 % le 21 octobre 2026, au plus haut depuis 2002, avant de repasser juste en dessous.
- Le déficit primaire de l'État et la croissance du PIB sont des hypothèses simples, réglables. Le modèle ne fait pas réagir les taux au niveau de la dette, ni la croissance aux taux.
Sources
- Emprunts de l'État
- Agence France Trésor, bulletin mensuel n° 435 (août 2026) : dette négociable de l'État au 31 juillet 2026, ligne par ligne (code ISIN, coupon, échéance, encours), durée de vie moyenne.
- Charge de la dette
- Sénat, rapport sur le projet de loi relatif aux résultats de la gestion 2025, mission « Engagements financiers de l'État » (exécution 2024 et 2025) ; projet de loi de finances pour 2027 (72,9 Md€ en 2027, en hausse de 10,3 Md€ ; besoin de financement de 339,7 Md€ ; déficit de l'État de 156,4 Md€).
- Autres missions
- Plafonds de dépenses du PLF 2027 par mission (rapport prévu par l'article 48 de la LOLF, juillet 2026), crédits de paiement hors CAS Pensions.
- Taux
- Agence France Trésor, TEC 10 ; Banque centrale européenne, décisions de politique monétaire de juin et septembre 2026 (taux de dépôt à 2,5 % depuis le 16 septembre 2026) ; presse financière d'octobre 2026 pour l'OAT à 10 ans.
- Cadrage macroéconomique
- Gouvernement, prévisions de septembre 2026 associées au PLF 2027 : croissance de 0,5 % en 2026 et 1 % en 2027, inflation de 2,1 % puis 1,8 %.
Dossier construit avec l'IA à partir de données publiques, octobre 2026. Une analyse de la série IA & données de lhoste.org. Voir aussi France budget et Présidentielle.